Apportez votre nuage
12 avril 2013On a parlé abondamment de l’intégration des technologies personnelles dans les organisations et du phénomène des applications ou des infrastructures informatiques servies en nuage. Quelque part à mi-chemin, les nuages personnels viennent ajouter de la grisaille dans les environnements informatiques d’entreprise.
L’influence des technologies personnelles sur l’informatique en entreprise est un phénomène dont on convient largement. C’est un peu la victoire des Bill Gates et Steve Jobs qui défendaient, chacun à sa façon et différemment, l’appropriation des technologies par les utilisateurs. Bill Gates voulait mettre un PC sur chaque bureau, et Steve Jobs voulait simplifier l’informatique. Avec le recul, on peut constater que les deux ont réussi. Et alors que naguère aucune technologie n’entrait dans l’entreprise sans obtenir la bénédiction des services informatiques, aujourd’hui, l’utilisateur moyen a réussi le tour de force de commencer à imposer ses choix d’informatique personnelle à son organisation, en ouvrant la brèche par le biais des téléphones multifonctionnels et autres tablettes mobiles hyperconnectées.
Aujourd’hui, de plus en plus d’organisations, même parmi les plus sensibles à la sécurité des informations, permettent à leurs employés d’utiliser leurs propres appareils pour accéder aux documents de l’organisation, au serveur de courriel corporatif, aux applications d’entreprise.
Le réseau aura tout changé et permis de transformer tous les appareils en des points d’accès vers l’environnement de l’entreprise ou de l’organisation.
Il faut dire que l’approche de l’informatique en nuage, qu’il soit privé ou public, aura facilité ce virage. Pour des raisons d’optimisation des ressources, d’économies ou de simplification de gestion et de maintenance, l’informatique en nuage a «dématérialisé» des infrastructures, des applications, des services.
Pour les PME, c’est vraiment une occasion sans précédent pour accéder à une informatique de classe mondiale en utilisant des applications très évoluées pour optimiser les relations clients, collaborer, gérer des projets et quoi encore, avec des services qu’on achète à la pièce ou selon le nombre d’utilisateurs. Même Microsoft a changé son modèle d’affaires pour offrir sa suite Office en service logiciel sur abonnement, un canal de revenus récurrents et en continu auquel elle osait à peine rêver dans les années 1990.
Pour les moyennes et les grandes organisations, cela présente un défi de gestion qui vient avec son lot de surprises. Comme me le confiait déjà un vice-président informatique, il a appris l’existence d’un outil de gestion de la relation client au sein de son entreprise par un appel d’un utilisateur à la recherche d’assistance. Or, il n’y avait pas de tel système dans le portfolio d’applications corporatives. Sauf qu’un directeur des ventes avait décidé de répondre à ses besoins d’affaires en ouvrant un compte sur un système en ligne chez un fournisseur bien connu pour équiper toute sa force de vente.
Combien d’entreprises et d’organisations n’ont aucune idée des applications d’affaires utilisées sous forme de services logiciels de manière courante au sein de l’organisation parce que chaque utilisateur apporte son morceau de nuage en entreprise ? Combien de Basecamp, Salesforce, Podio, groupes Google, CloudApp, EventBrite, GetSatisfaction, Zendesk, Doodle, MailChimp, GotoMeeting et autres Dropbox sont utilisés par des départements, des services, des succursales ou des groupes d’utilisateurs ? Sans aucun encadrement ni souci de la sécurité ?
Il est vrai que cette approche donne une souplesse de déploiement jamais imaginée auparavant et qu’on peut rapidement assembler des services en un tour de main pour répondre à des besoins pointus. Les gestionnaires et les professionnels des technologies doivent nécessairement jouer un rôle au sein de l’organisation dans ce contexte en permettant aux utilisateurs d’être conscients des risques que les applications et les services en nuage peuvent présenter. La direction informatique doit exercer un rôle-conseil à ce niveau et offrir un minimum d’encadrement de la démarche.
Pour certains d’entre nous, cela n’est pas sans rappeler la glorieuse époque de la bataille entre l’informatique centrale et l’informatique départementale. Comme quoi, l’histoire se répète.



