Les nouvelles compétences

14 octobre 2014

Le développement des systèmes informatiques ou la mise en place d’outils de gestion informatisés implique désormais plus que des connaissances techniques. L’éventail des compétences qui doivent désormais faire partie des cordes à l’arc du professionnel des TI ne cesse de s’agrandir.

Il y fut un temps où connaître le Cobol était LE gage du succès dans une carrière en programmation informatique. Évidemment, le Cobol n’est plus le langage de prédilection des nouveaux programmeurs qui carburent plus à l’Objective C ou au Java, mais ce ne sont pas les seuls changements qui définissent le quotidien des informaticiens.

Il y a bien entendu les méthodes de projets qui ont changé, s’adaptant au contexte d’amélioration continue dans une perspective progressive. Ceci nous a amenés à développer en mode agile, une approche qu’on peut d’ailleurs appliquer non seulement au développement informatique, mais à une multitude de projets de toute nature, et à divers aspects de l’évolution des organisations, bref, au changement en général.

Il faut l’accepter, les temps ont changé. Avec un impact certain au niveau des compétences. Le technique doit désormais s’accompagner, par exemple, de savoirs comportementaux, appelés souvent, en anglais, des softs skills.

 

Combiner éthique et croissance organisationnelle

On voit souvent ces savoirs dans la classe de la résolution de problèmes ou de la gestion des ressources humaines, mais je crois que les nouveaux savoirs dépassent ce cadre. On peut penser à l’éthique par exemple, et dans notre cas, l’éthique professionnelle. Nous sommes confrontés à cette notion continuellement ces temps-ci dans le contexte de la protection de la vie privée notamment, alors que les organisations s’interrogent sur leur manière de gérer les informations personnelles.

Comme gestionnaire ou spécialiste, il nous faut arbitrer entre les impératifs de la gestion des données, des besoins de la mise en marché et de la vente, de l’analyse marketing en regard des limites morales ou des règles de conduite généralement acceptées ou imposées par des lois. Il nous faut allier technologie et technique dans le cadre de la réalisation de la mission d’une organisation et de sa croissance.

Ce n’est pas le genre de compétences qu’on peut acquérir dans des formations purement techniques. Il faut nécessairement faire une démarche qui nous amène à considérer des perspectives globales.

 

Compétences du futur

S’il leur faut maîtriser l’art des technologies, les informaticiens doivent également parfaire leurs compétences dans ces divers domaines.

L’intelligence sociale fait partie de ce genre de savoirs comportementaux qu’il est nécessaire de développer. À l’ère des réseaux sociaux et des environnements de collaboration pour équipes éclatées, la capacité de bien saisir la charge émotionnelle des propos (et celle qui se cache derrière un message instantané ou un statut Facebook) peut faire la différence sur la réaction à adopter pour répondre à un client ou un collègue.

Les environnements de collaboration sont des plates-formes informatiques à la base, présentés sous la forme d’application/service web. On critique souvent leur inefficacité. En fait, c’est que le travail en collaboration n’est pas juste une affaire de technique, c’est surtout une affaire de culture et c’est sans doute là que se trouve une grande partie de l’explication. La collaboration virtuelle fait partie de ces compétences nouvelles que les travailleurs d’aujourd’hui en informatique, ou ailleurs, doivent développer. Cette capacité de s’engager envers un objectif et de s’assurer d’une haute productivité est certainement une aptitude particulière que les membres des équipes virtuelles doivent développer.

La pensée innovatrice est en une autre. On qualifie souvent la culture québécoise de créative, ce qui est un des facteurs qui a favorisé le développement de notre industrie du jeu électronique (ou mobile ou des plates-formes numériques, selon l’expression qui vous plaît le plus). Ce penchant créatif doit s’étendre à toutes les autres sphères, dans toutes les organisations. Résoudre des problèmes ou relever des défis avec des solutions nouvelles nécessite une manière de penser et de s’adapter qui seront nécessairement recherchées par les employeurs d’aujourd’hui et de demain.

Vous avez certainement votre point de vue sur des compétences dont vous saisissez l’importance au cours des prochaines décennies. Vous le savez comme moi, il est probable que la moitié des types d’emplois pour lesquels vous recherchez des ressources en ce moment n’existaient pas quand vous et moi avons fait nos études au collège ou à l’université. L’informatique change et les compétences évoluent. Je vous invite à me faire de vos commentaires sur mon blogue.

Note: pour poursuivre votre réflexion, je vous invite à consulter le document Future Work Skills 2020, proposé par l’Institute for the Future – bien que l’étude date de quelques années, les compétences identifiées sont toujours très pertinentes. 


Nuageux, avec passages ensoleillés, en français

1 octobre 2014

Si l’infonuagique fait désormais partie de notre quotidien, ce ne sont pas tous les concepts liés aux nuages informatiques qui ont réussi à s’exprimer en français. Chronique météo informatique.

Le terme infonuagique, proposé en 2009, pour rendre en français le concept de cloud computing, est de plus en plus utilisé dans nos discussions courantes (du moins, dans nos discussions courantes en informatique).

Ce qui ne nous empêche pas d’entendre régulièrement des phrases comme « on va mettre ça dans le cloud! » ou de lire des titres comme « Déployer des solutions dans le cloud ».

Un nuage ne vient jamais seul et la réalité infonuagique suppose aussi que les nuages ont différentes qualités. Comme leur élasticité, par exemple, qui représente la capacité de variation de la disponibilité des ressources informatiques en s’ajustant à la demande.

Nous sommes à l’ère de l’informatique ouverte (en fait, on pourrait en discuter… le sommes-nous vraiment ? Sans doute le sujet d’une autre chronique…), et pour plusieurs d’entre nous, la notion de pouvoir passer d’une plate-forme à l’autre sans trop y perdre devient un enjeu sérieux. D’où la notion de portabilité ou de transportabilité infonuagique, dont l’objectif est de pouvoir faire passer nos données ou nos applications d’un nuage à l’autre. L’enjeu peut être grand dans un monde de jeunes entreprises Internet (start-up) qui nous proposent un nombre croissant de logiciels-services essentiellement disponibles en nuage. De quelle manière pourrons-nous récupérer le tout le jour où cette jeune entreprise ferme boutique ou se voit acquise par Google ou autre Facebook ?

Notre base de données infonuagique est certainement un actif essentiel de notre organisation et nous devons nécessairement avoir un plan de relève, encore mieux un plan de secours mais certainement pas un plan de contingence.

L’origine exacte de l’utilisation du concept de nuage se perd un peu dans la nuit des temps, mais revient à l’époque où l’Internet est devenu un réseau accessible à un nombre croissant de personnes branchées vers le milieu des années 1990. La représentation du réseau des réseaux sous la forme d’un simple nuage auquel sont reliés tous les ordinateurs, a fait image.

Avec le développement de divers services en ligne, du stockage en ligne, d’applications ou de données en ligne, l’infonuagique est née. Même si pour le Urban Dictionnary, dont il faut souligner le caractère souvent sarcastique, il s’agit plutôt d’une savante récupération marketing d’un concept qui existait depuis fort longtemps…!

Avec tous nos appareils dits intelligents, reliés à des services en nuage via le réseau, ne sommes-nous pas très près du concept de l’ordinateur central, avec sa horde de terminaux ? Je vous laisse me faire part de votre avis, en commentant sur mon blogue!

 

Note de la rédaction

Lorsqu’il est question de technologies de l’information, nombre d’expressions sont d’abord créées en anglais et l’emploi de mots français pour décrire de nouvelles tendances, de nouveaux appareils ou de nouvelles réalités est souvent à la remorque de la langue d’origine. Dans une vie précédente, comme journaliste en TI pendant 20 ans, j’ai souvent été confronté au défi de trouver des expressions françaises pour des technologies inventées en anglais. Cette chronique est ma contribution à la discussion visant à favoriser l’usage d’expressions françaises en TI.


La ludification: quand tout devient un jeu

19 juin 2014

Vous avez des «badges» sur Foursquare ou vous êtes le maire de votre café préféré? Votre score Klout a-t-il franchi la barre psychologique des 50 points et avez-vous accumulé quelques «perks» ? Quel est votre niveau de réputation sur StackOverflow et quels badges vous a-t-on attribués? Bienvenue dans le merveilleux monde la «gamification»!

 

Si vous consultez les classements d’applications les plus populaires sur l’App Store, qu’elles soient gratuites ou payantes, le haut du palmarès est généralement occupé par des jeux. Idem dans l’univers Android sur Google Play. Similaire dans la boutique Windows Store.

Les gens aiment jouer. D’après l’Association canadienne du logiciel de divertissement, 58% des Canadiens sont des joueurs (certains diraient des gamers…), une proportion qui atteint 90% chez les 6 à 17 ans.

Un marché global de 111 milliards de dollars en 2015 prévoyait Gartner. Pas étonnant que le jeu finisse par influencer différents services et stratégies.

L’intégration des techniques de jeu ou des mécanismes liés à des jeux en atteignant de meilleurs scores et en offrant des avantages liés à des étapes, comme des armes plus évoluées ou des options de personnalisation exclusives, est un phénomène baptisé ludification et dont vous avez sans doute entendu l’équivalent anglais, gamification, souvent prononcé à la française.

En atteignant un certain score Klout (à vous de vous fixer un objectif…!), vous avez l’impression d’avoir un rayonnement plus grand, une importance plus grande, une meilleure réputation sur les réseaux sociaux.

Vous pouvez d’ailleurs afficher votre score avec fierté en l’intégrant sur votre blogue, par exemple (oui oui, je l’ai fait…). Votre ego s’en trouvera flatté si un 47 vous satisfait, mais n’en faites pas une dépression si vous n’avez pas encore atteint le 50 ou le 75! Vous pourrez vous consoler avec les cartes professionnelles gratuites offertes par moo.com parce que Klout a décidé de vous encourager en vous offrant cet avantage (…perk).

L’utilisation de ces techniques vise un objectif précis: vous faire adopter certains comportements qui correspondent aux indicateurs de succès du service. Plus vous vous enregistrez en des lieux différents ou spécifiques (faire des check-ins…) sur Foursquare, plus vous aurez de chances de devenir le maire de l’endroit (je suis le maire du Réseau ACTIONction TI… hé hé !).  Vous pourrez aussi accumuler des insignes (badges) parce que vous prenez de nombreuses photos, que vous vous êtes enregistré trois3 fois ou plus au même endroit dans la même semaine, etc.

On s’imagine un peu la somme d’information sur vos comportements de consommateur que Foursquare accumule. Après le théâtre, il prend un verre à tel bistro. Avant le hockey, il mange à cet endroit. Il travaille ici, il dort là, il voyage là-bas. Même anonymisées, ces informations documentent abondamment le segment de marché auquel j’appartiens. Et nous partageons ces informations allégrement pour obtenir des insignes et une mairie. Reste à savoir si Foursquare en tire vraiment profit, malgré la gratuité du service. Rappelez-vous le dicton: si le service est gratuit, c’est que VOUS êtes le produit…

Heureusement, il y a d’autres types d’applications qui intègrent des techniques de ludification qui visent à récompenser l’apprentissage, la pertinence ou l’utilité des contributions. C’est un peu ce que vise StackOverflow, par exemple, avec ses insignes et son score ou encore Quora avec son système de votation.

Et vous, utilisez-vous des techniques de jeu dans la conception de vos produits et services?

 

Note de la rédaction

Lorsqu’il est question de technologies de l’information, nombre d’expressions sont d’abord créées en anglais et l’emploi de mots français pour décrire de nouvelles tendances, de nouveaux appareils ou de nouvelles réalités est souvent à la remorque de la langue d’origine. Dans une vie précédente, comme journaliste en TI pendant 20 ans, j’ai souvent été confronté au défi de trouver des expressions françaises pour des technologies inventées en anglais. Cette chronique est ma contribution à la discussion visant à favoriser l’usage d’expressions françaises en TI.


L’innovation par les TI appuyée par deux mesures du budget Leitao

15 juin 2014

Si dans son premier budget, le ministre des Finances Carlos Leitao a réduit les crédits fiscaux qui s’appliquent à certains secteurs des TI, il a par ailleurs mis en place des mesures qui visent à favoriser l’innovation au sein des PME. Des mesures modestes, soit, mais qu’il vaut la peine de souligner.

 

Il fallait s’y attendre: tous les signaux que nous recevions de Québec dans les semaines qui ont précédé la présentation du budget le 4 juin dernier allaient dans le sens de l’austérité. Il était clair que plusieurs entités devaient trouver des moyens de réduire leurs dépenses, notamment d’opérations. Il allait de soi que certains programmes seraient touchés. Ce fut le cas de plusieurs crédits d’impôt touchant les TI. (voir note

La révision à la baisse de ces crédits d’impôt aura certainement un impact sur l’industrie des TI au Québec. Sans les éliminer complètement, le ministre des Finances nous indique qu’il faut sans doute réfléchir à la manière d’aider les entreprises québécoises à se développer et à croître.

Favoriser l’innovation

Par ailleurs, il y a deux mesures dans ce budget qui ont attiré mon attention: l’annonce de la mise en place de Créativité Québec et une réduction de la cotisation au Fonds des services de santé pour les PME qui engagent des travailleurs dans un domaine générateur d’innovation. 

1- Créativité Québec

Créativité Québec permettra d’offrir du financement aux entreprises pour les soutenir dans la réalisation de leurs projets d’innovation. Ce programme est doté d’une enveloppe de 150 millions de dollars sur trois ans et l’aide prendra la forme de prêts et de garanties de prêt. 

Les activités visées par ce programme seront notamment l’acquisition de nouvelles technologies, l’amélioration de procédés de production et le développement de nouveaux produits. 

Bien que les détails et les modalités de ce programme seront connus plus tard, il m’apparaît que cette initiative va dans le sens de nos préoccupations: utiliser les TI pour favoriser l’innovation et la hausse de productivité par l’amélioration continue. Pour moi, voilà un caractère essentiel du rôle stratégique des TI dans le développement de l’économie et de la société québécoise. Les TI ne sont pas une fin en soi, mais un outil stratégique qui permet aux entreprises de se développer. 

Stimuler l’innovation par l’utilisation des TI, et ce, dans tous les secteurs de l’économie, va exactement dans le sens des positions défendues par le Réseau que nous avions partagé via un mémoire publié il y a déjà quelques années et qui est toujours d’actualité.

2- Réduction de la cotisation au FSS pour nouveaux travailleurs favorisant l’innovation

D’autre part, le budget instaure une forme de réduction de cotisation au FSS pour les PME afin de stimuler l’innovation. Avec l’objectif de :

« …renforcer la capacité d’innovation des PME québécoises, tout en favorisant la création d’emplois spécialisés, une réduction de la cotisation au Fonds des services de santé sera mise en place temporairement à l’égard des emplois à temps plein créés dans le secteur des sciences naturelles et appliquées. De façon sommaire, cette réduction sera accordée, jusqu’en 2020, à l’égard de l’accroissement de la masse salariale attribuable à l’embauche d’employés spécialisés. »

(tiré de: Renseignements additionnels sur les mesures fiscales du budget – 4 juin 2014 – p.9)

Plusieurs catégories de travailleurs spécialisés sont visées par cette mesure, en particulier dans le secteur des technologies de l’information:  

  • Ingénieurs informaticiens/ingénieures informaticiennes 
  • Analystes et consultants/consultantes en informatique 
  • Analystes de bases de données et administrateurs/administratrices de données 
  • Ingénieurs/ingénieures et concepteurs/conceptrices en logiciel 
  • Programmeurs/programmeuses et développeurs/développeuses en médias 
  • interactifs 
  • Concepteurs/conceptrices et développeurs/développeuses Web 
  • Techniciens/techniciennes de réseau informatique 
  • Évaluateurs/évaluatrices de systèmes informatiques 

Si on peut chercher le lien réel entre, d’une part, le Fonds des services de santé et, d’autre part, l’innovation par les TI, il faut surtout voir dans cette mesure un incitatif à l’innovation par l’embauche de ressources spécialisées, notamment en TI.

Encore une fois, cette mesure va dans le sens de notre avis qu’une meilleure utilisation des TI contribue au développement des organisations, comme le soulignent régulièrement nos conférenciers (voir ici et ici).  En visant les PME, on touche véritablement au tissu économique du Québec, et ce faisant, on risque d’avoir un impact structurel plus large.

Consulté il y a quelques mois sur les orientations d’une Stratégie de l’économie numérique du Québec, mon intervention allait justement dans le sens d’inclure dans cette éventuelle stratégie des mesures qui favoriseront une utilisation plus importante des TI dans les PME. 

Il y a un lien à faire entre l’intensité de l’utilisation des TIC et l’innovation au sein des entreprises. L’intensité de l’utilisation passe notamment par l’acquisition de nouvelles expertises, et cela peut certainement se concrétiser par l’embauche de nouveaux experts. C’est d’ailleurs ce que le CEFRIO a voulu démontrer en développant un indice de l’innovation par les TIC

À la lecture de ce rapport, on constate que : «Plus une entreprise ou une organisation utilise de manière intensive les TIC, plus elle affiche une intensité d’innovation élevée. Ce constat s’applique aux innovations de produit, de procédé, de commercialisation ou organisationnelles.» (p.23) 

Ces deux mesures peuvent certainement être considérées comme modestes, en termes d’enveloppe budgétaire réservée, soit 150 millions sur trois ans pour Créativité Québec et 155 millions sur cinq ans pour la réduction de la contribution au FSS. Par contre, d’un point de vue stratégique, elles sont importantes pour l’orientation qu’on désire donner aux politiques de développement économique.

Il faudra attendre le prochain budget Leitao pour savoir à quel point les deux mesures favorisant l’innovation auront atteint en tout ou en partie leur cible. Il reste à voir aussi quelles seront les recommandations des deux commissions d’étude dédiées à la fiscalité et de révision de programmes, annoncés dans le discours du budget. 

Et il faudra espérer que ces mesures seront éventuellement encadrées par une perspective plus large d’une Stratégie de l’économie numérique du Québec.

Le Réseau restera à l’affût des impacts de l’application de toutes ces mesures et nous continuerons d’informer nos membres de ces développements. Si vous avez des observations ou des commentaires, n’hésitez pas à m’en faire part ci-dessous. 

Patrice-Guy Martin

___________

Note: Au nombre des mesures fiscales affectées, notons entre autres les crédits d’impôt pour la production de titres multimédias, les crédits d’impôt liés à la R-D et le crédit d’impôt remboursable pour le développement des affaires électroniques (CDAE), qui subissent une réduction de 20%. Dans le cas du CDAE, en outre, le plafond annuel de 20 000 $ par employé, qui devait être augmenté à 22 500 $ au 1er janvier 2016, ne sera pas majoré.

Par ailleurs, un nouveau crédit d’impôt remboursable visant à favoriser l’intégration des technologies de l’information dans les PME manufacturières, annoncé en octobre dernier, a été aboli. 

 

Un site Web pour tous les appareils

14 mai 2014

Parallèlement à la croissance du trafic Internet issue des appareils mobiles, la conception des sites Web doit s’adapter en conséquence.

 

Tous les analystes l’observent et il suffit souvent de regarder autour de soi pour se rendre compte que de plus en plus de gens naviguent sur Internet à partir de leur mobile. Selon les statistiques consultées, on parle du quart jusqu’au tiers du trafic actuellement. Un trafic qui décuplera au cours des prochaines années apparemment.

La visite de certains sites Web conçus pour des écrans de 20 pouces et plus, qui propose une résolution atteignant 1 920 par 1 080 pixels, si ce n’est 2 560 par 1 440, est nécessairement pénible.

Je vous concède qu’il y a peu de sites dont l’espace utilisé atteint 1 920 ou 2 560 pixels de largeur, la plupart variant entre 1 024 et 1 360 pixels. Ceci dit, on pourra certainement afficher jusqu’à 1 136 pixels de largeur sur l’écran de 4 pouces en diagonale des iPhone 5, par exemple, il demeure que c’est beaucoup moins convivial à lire que le même site sur un écran de 20 pouces.

Il est vrai qu’on peut toujours effectuer un zoom par pincement, une approche qui a été popularisée sur les téléphones mobiles (j’imagine qu’un des fabricants de ceux-ci a une collection de brevets sur ce geste de pincement et que plusieurs se disputent sans doute au tribunal à cet égard!). En agrandissant ainsi une section d’une page Web, on peut mieux visualiser l’information. Mais ce n’est pas encore parfait.

D’où l’apparition du phénomène de l’adaptation des sites Web dont on entend surtout parler sous l’expression de Web responsive design ou responsive Web design (j’ai vu les deux…).

En français, on préférera utiliser l’expression conception de sites Web adaptatifs comme le suggère le Grand dictionnaire terminologique. Le site Web du Réseau ACTION TI a d’ailleurs épousé cette approche et la plupart des pages sont maintenant conformes à ce modèle. Cette approche s’avère très pratique pour nos grands événements alors que les participants veulent consulter le programme de la journée ou le profil des conférenciers, sur le téléphone, bien entendu.

Cette approche se distingue d’une autre qui visait à créer un second site Web adapté aux appareils mobiles, une solution souvent adoptée il n’y a pas si longtemps et qui nécessite généralement une double structure de site et une double gestion des contenus.

En se tournant vers la conception de sites Web adaptatifs, on adaptera notre système de gestion de contenu (aussi connu sous l’appellation anglaise de content management system ou CMS) de manière à ce qu’il puisse reconnaître la taille d’affichage de l’appareil utilisé par le visiteur du site et lui proposer un contenu adapté à l’écran en question. Ainsi, on voudra généralement offrir un modèle de page pour les ordinateurs de bureau, un autre pour les tablettes et un dernier pour les téléphones évolués. Cependant, les informations présentées sont générées depuis le système de gestion de contenu et sont adaptées à la volée, ce qui facilite le contrôle du contenu et évite la duplication (et les risques d’erreurs!).

La difficulté survient quand on essaie d’implanter ces principes dans un site existant : souvent, les Webmestres prennent certaines libertés de conception des pages en fixant des paramètres qui sont contraires aux principes des sites conçus pour s’adapter aux tailles d’écran. On s’en rend vite compte quand on remplace les anciens modèles de pages (qu’on préférera au template anglais) par de nouveaux, conçus pour tous les écrans : les contenus ne s’affichent plus dans leur intégralité et la navigation devient difficile. Ici, la standardisation a une raison d’être et le travail de préparation peut être important. Mais comme la tendance à la mobilité est inéluctable, il vaut mieux adopter dès que possible une conception de sites Web adaptatifs.


Bonne navigation, sur tous vos appareils !

 

Note de la rédaction

Lorsqu’il est question de technologies de l’information, nombre d’expressions sont d’abord créées en anglais et l’emploi de mots français pour décrire de nouvelles tendances, de nouveaux appareils ou de nouvelles réalités est souvent à la remorque de la langue d’origine. Dans une vie précédente, comme journaliste en TI pendant 20 ans, j’ai souvent été confronté au défi de trouver des expressions françaises pour des technologies inventées en anglais. Cette chronique est ma contribution à la discussion visant à favoriser l’usage d’expressions françaises en TI.


Sécurité informatique et prix OCTAS: prendre garde aux généralisations

7 mai 2014

Ceux qui connaissent le Réseau savent à quel point la mise en valeur des organisations et des individus en technologies de l’information est au cœur de nos préoccupations.

Depuis la création du Réseau ACTION TI, l’un de ses premiers objectifs est de reconnaître les projets de TI qui font la fierté des informaticiens, qui transforment nos organisations et qui contribuent au développement de la société et de l’économie du Québec.

Notre principal outil pour atteindre cet objectif est le concours des OCTAS. Et nous tenons beaucoup à la rigueur de tout ce qui entoure le concours, à la qualité des membres du jury, à l’intégrité des modalités de présentation des dossiers, à la pertinence des définitions des catégories et des critères d’évaluation qui nous mènent à la sélection des finalistes et des lauréats.

Depuis 1987, nous avons considéré autour de 3000 projets à ce concours et décerné quelque 400 trophées OCTAS à des projets TI.

Cette année par exemple, nos jurys, composés d’une soixantaine d’experts de l’industrie, provenant de tous les horizons, issus de petites, moyennes et grandes organisations, publiques et privées, de diverses régions du Québec, ont étudié bénévolement les dossiers d’une centaine de projets desquels ils ont sélectionné les finalistes. Parmi ceux-ci, 18 lauréats recevront un trophée OCTAS le 24 mai prochain.

Ces 400 projets honorés au cours des ans, tout comme les 18 projets qui le seront cette année, témoignent du rôle stratégique des TI au sein de nos organisations. Pour plusieurs entreprises aujourd’hui, les TI ne jouent pas qu’un rôle de support aux opérations : les TI sont au cœur de leur modèle d’affaires s’ils ne sont pas carrément leur modèle d’affaires.

Les TI permettent aux institutions bancaires de faire des prêts en un temps record, aux télécommunicateurs d’activer votre téléphone mobile en quelques minutes, aux gouvernements de livrer leurs services aux citoyens 24 h par jour, aux PME de toutes les régions d’être présentes sur un marché global et d’être des modèles d’efficacité. Notre énumération pourrait se décliner en citant 400 exemples d’entreprises qui forment leurs employés, qui développent des marchés, qui servent les citoyens, qui aident les étudiants à apprendre, qui réinventent les médias, qui optimisent leurs processus, qui repoussent les limites des technologies.

On perd toutes ces perspectives quand on limite les TI à leur simple dénominateur d’investissement ou d’échéance. Ou encore à leurs défauts et à leurs failles.

Comme tous les produits et tous les services, les solutions technologiques ne sont pas toujours parfaites. Et malgré toute la science, toutes les méthodes et toutes les techniques, il arrive que certains produits technologiques plantent, que certaines failles de sécurité soient découvertes, que des sites Web doivent être repensés pour corriger des lacunes de navigation ou des fonctionnalités déficientes. Ce genre de situation se produit, tant chez les grandes organisations que chez les plus petites, sans égard aux moyens mis en place et aux ressources disponibles pour les éviter. Et le fait de remporter un prix OCTAS ou non, n’est pas lié aux considérations de sécurité d’un projet, d’une application ou d’un site Web parce que ce n’est pas un critère que notre jury est en mesure d’évaluer ou d’analyser.

La sécurité, plus précisément les risques liés à la sécurité ne sont pas nouveaux. Ils font simplement plus souvent la manchette dans cet univers où l’information circule à toute vitesse grâce à ces mêmes technologies qui diffusent toutes les nouvelles qui méritent de figurer sur une page Web, à la vitesse de l’électron.

La dernière faille informatique qui blesse se retrouve à la une des journaux et la fin de la période de maintenance d’un système d’exploitation devient un topo du journal télévisé. Ceci n’enlève rien à la valeur grandissante des TI dans nos organisations et au caractère essentiel de leur utilisation.

De tels événements ne font que souligner à quel point les technologies sont désormais au cœur des opérations de toutes les organisations et que les informaticiens professionnels doivent être constamment aux aguets pour être prêts à réagir lorsque des situations problématiques se produisent. Il est clair qu’avec une plus grande utilisation des technologies dans les organisations, on risque d’être confrontés plus souvent à des failles de sécurité et des lacunes de toutes sortes. L’actualité en témoigne. Mais nous sommes persuadés que les avantages apportés par les TI dépassent largement les inconvénients de situations comme celle-ci. Et c’est en continuant de rechercher l’excellence en TI que nous contribuons aux meilleures pratiques et au professionnalisme du travail des informaticiens et des gestionnaires des TI.


Les mots et les maux des réseaux sociaux

30 avril 2014

 

Allez-vous tweeter ce billet ? J’espère bien que non, mais je souhaite que vous le partagiez à votre convenance.


Avec la prolifération des réseaux sociaux depuis cinq ans nous est arrivé aussi tout un vocabulaire adapté ou dérivé de ces nouvelles plates-formes de communication. Avec quelques excès qui me font régulièrement froncer les sourcils.

Le plus excessif de ces dérivés de l’anglais est sans doute l’utilisation du verbe liker pour signifier l’appréciation d’une publication sur Facebook, comme dans « j’ai liké son post sur Facebook». (Et je vous offre le bénéfice de l’accorder comme un participe passé, bien que mon Antidote se soit buté à ce mot.)

Le mot aimer aurait sans doute pu faire le travail efficacement pour exprimer cette idée, comme dans «j’ai aimé sa publication sur Facebook».

Nous avons une foule de termes déjà existants qui décrivent toute une panoplie de situation ou d’action de communication.

Comme le mot publier, par exemple. On peut publier un message sur Twitter, Facebook ou même Google+, ça fonctionne, essayez pour voir.

Parce que s’il faut tweeter un message, on risque de devoir aussi facebooker, pinterester et même googleplusser nos états d’âme et autres messages d’intérêt ? Un terme simple comme publier à l’avantage de s’appliquer à tous les contextes, se prononce mieux que tous ces mots calqués sur des marques de commerce et se conjugue certainement mieux que pinterester ou googleplusser…

Reste à savoir si on publie un tweet ou quelque chose d’autre. Certains ont suggéré que ces publications sur le réseau Twitter soient des gazouillis, une traduction directement inspirée des métaphores aviaires que suggère le nom et la signature graphique de ce réseau (quoiqu’on utilisait aussi la baleine dans des circonstances de pannes, mais cela est fréquent depuis quelques années…). Comme utilisateur d’affaires de ce réseau, j’aurais préféré que cette suggestion de vocabulaire ne prenne jamais son envol, puisqu’elle me donne l’impression que tout ce qui s’y dit ne se résume qu’à des piaillements. Or, ce réseau a beaucoup d’intérêt à mon avis, autant en affaires qu’en veille d’information ou en divertissement.

J’aime mieux publier un message qu’un cri d’oiseau sur Twitter. Un micromessage si vous préférez insister sur l’aspect très court de la communication, mais un message ou une note, à la rigueur, fait mon bonheur, d’ailleurs beaucoup plus qu’un post.

Une fois publié, le message risque également d’être «retweeté par tous vos followers», qui ne sont pas des suiveux, de grâce, mais des abonnés et j’espère qu’ils préféreront diffuser votre message en le partageant plutôt qu’en le retweettant (avec un ou deux «t», j’en perds mon latin…)

Et si vous partagez ce billet sur votre réseau social préféré, je vous invite à y associer le mot-clic #TIenfrançais et non à un hashtag quelconque : bien que je ne sois pas un grand maniaque du mot valise mot-clic, j’aurais pu vivre avec mot-clé, par exemple, mais je le préfère tout de même à hashtag ou tag, bien entendu. Vous pouvez même vous permettre le mot français avec la cédille, puisque Twitter prend désormais en considération les caractères français, y compris les accents, qui ne sont plus à l’index mais indexés pour faciliter vos recherches.

 

Note de la rédaction

Lorsqu’il est question de technologies de l’information, nombre d’expressions sont d’abord créées en anglais et l’emploi de mots français pour décrire de nouvelles tendances, de nouveaux appareils ou de nouvelles réalités est souvent à la remorque de la langue d’origine. Dans une vie précédente, comme journaliste en TI pendant 20 ans, j’ai souvent été confronté au défi de trouver des expressions françaises pour des technologies inventées en anglais. cette chronique est ma contribution à la discussion visant à favoriser l’usage d’expressions françaises en TI.


Informer, protéger et servir

7 février 2014

Un tel slogan ressemble beaucoup à celui d’un service de sécurité publique. Et c’est bien intentionnellement que j’ai choisi ce titre à ce billet. À une époque où l’information personnelle circule de plus en plus, même sans intervention humaine grâce aux objets connectés, l’informaticien se doit d’assumer des rôles d’information et de protection au service des individus et des organisations.

L’année 2014 sera celle des objets connectés. Les boules de cristal de tous les analystes semblent présenter un portrait clair de cette tendance. D’ailleurs, au CES (Consumer Electronics Show) du début de l’année, de nombreux manufacturiers proposaient des nouveaux appareils et divers objets qui seront tous connectés.

Certaines estimations prévoient que nous verrons quelque 200 milliards d’objets connectés au réseau d’ici 2020. D’un point de vue personnel, c’est avec enthousiasme que nous connectons de plus en plus de nos appareils sur le réseau. Votre téléphone multifonctionnel est constamment branché (en 3G ou en WiFi), diffusant votre position géographique à de nombreux services et transmettant une foule de données d’utilisation qui dépasse largement les recherches dans Google et autres moteurs de recherche. De la géolocalisation de photos transmises à votre réseau social préféré aux recherches spécialisées dans votre application bancaire pour trouver le guichet automatique le plus proche ou lors du paiement de votre espace de stationnement dans l’application destinée à ce service, vous diffusez de nombreuses informations sur vous.

En outre, à votre domicile, si vous êtes comme moi, votre télé est connectée à Internet tout comme votre console de jeux, sans compter vos ordinateurs et appareils mobiles. Vous avez peut-être des interrupteurs et des prises de courant connectés, comme les équipements de la famille WeMo de Belkin, auxquels vous pouvez accéder directement de votre téléphone mobile à distance. Vous avez peut-être des caméras vidéo connectées qui vous permettent de voir ce qui se passe chez vous en votre absence. Votre réfrigérateur est peut-être branché pour vous permettre d’y connecter votre calendrier Google ou même à Twitter et des services de photos ou de musique en ligne (comme certains modèles de Samsung). Les voitures de marque Chevrolet offriront en 2015 une connexion 4G LTE via le service OnStar et pourront permettre de créer un réseau local WiFi dans le véhicule. Les thermostats intelligents de Nest (connectés bien sûr), que vient d’acquérir Google, lui permettent de prendre pied dans votre domicile, éventuellement de relier votre profil Google à ce thermostat qui consigne un certain modèle d’activités, indirectement…

Tout sur moi

Tous ces objets connectés compilent, accumulent, récoltent, diffusent des données. Des masses de données qui s’ajoutent à tout ce qui se publie sur les réseaux sociaux et toutes les informations de profil auxquels vous contribuez largement pour profiter de nombreux services « gratuits ». Pensez à la richesse du résultat du croisement de toutes ces données.

Un exemple assez intéressant d’une application d’objets connectés, par RFID cette fois, a été porté à mon attention par l’ami Pierrot Péladeau via Google+ : il s’agit de bracelets RFID offerts par Disney aux visiteurs de ses parcs d’attractions. Je vous invite à lire cet article que M. Péladeau a partagé en provenance de GigaOM.

Cet exemple nous démontre à quel point il pourrait être ou est déjà possible d’analyser assez finement des données liées aux visites, aux déplacements et aux transactions dans un site comme celui de Disney, le tout rattaché à une personne en particulier, dont on connaît déjà le profil sociodémographique. Est-ce que Disney analyse déjà ces données ? Je ne suis pas en mesure de répondre, mais le potentiel est certainement là.

Le rôle de l’informaticien

C’est ici que le rôle d’information et de protection de l’informaticien est sollicité. Sa compréhension des processus en cause et sa connaissance des technologies quant à la collecte de données le placent dans une position stratégique pour faire prendre conscience à tous les intervenants des conséquences possibles de ces collections de données.

Pour des fins de ventes et de marketing, on personnalise au possible les profils en croisant des informations, pour mieux cibler. Cela a un impact sur les grands principes de protection de notre vie privée. Dans ce genre de projet, le rôle de l’informaticien est certainement d’informer les parties prenantes des enjeux qui sont en cause. Son sens de l’éthique doit certainement jouer ici parce qu’il doit s’assurer que les utilisateurs de ces technologies connectées soient eux-mêmes informés et conscients de l’information qu’ils partagent. Ou à tout le moins à en faire prendre conscience les promoteurs de ces projets.[P1]

Les enjeux sont déjà importants dans ces situations quand tout fonctionne comme prévu. Dans le sens où, comme client de Disney pour continuer avec cet exemple, je sais déjà que l’entreprise utilise toutes les données qu’elle peut sur moi lorsque je consomme ses produits (au sens large) sur ses sites.

Mais que ce passe-t-il si tout ne fonctionne pas comme prévu ? On voit de plus en plus de situations où les données commerciales sont compromises. Les cas récents de Target ou de Snapchat sont des exemples dont on a largement traité dans les médias. On pourrait ajouter une longue liste d’entreprises dont les données ont été compromises par le passé. Si on s’attend à ce que de grandes entreprises et organisations protègent leurs données, même si elles ne sont pas à l’abri de toutes les attaques, qu’en est-il de tous les services web auxquels vous êtes connectés ? Leurs systèmes sont-ils aussi robustes que vous le souhaiteriez ? Lorsque même des réfrigérateurs connectés peuvent être compromis pour devenir des relais de diffusions de pourriels, comme l’affirme la société américaine Proofpoint

L’année 2013 nous aura donné son lot de révélations quant à l’espionnage de données réalisé par les services secrets américains, mais qu’arriverait-il si des individus ou des organisations encore plus douteuses réussissaient à accéder aux mêmes informations ? À tous vos messages texte, vos courriels et ceux de votre entreprise ?

Le rôle de protection de l’informaticien est crucial ici. Dans tous les systèmes sur lesquels il travaille, il est de son devoir de s’assurer de la protection de ces données tout autant que de leur intégrité parce qu’il est au fait des dangers et des menaces qui planent sur les données, les systèmes et les réseaux.

Dans cet univers où les objets sont interconnectés et que notre vie privée se balade sans fil, mais sans filet, la responsabilité de l’informaticien est cruciale alors que son rôle se situe au point de rencontre des technologies et des processus. Sachons bien exercer cette responsabilité.

Que pensez-vous du rôle du professionnel en TI en ce qui a trait à la protection des données ? N’hésitez pas à commenter ci-dessous.


Travailler avec une masse de données

9 janvier 2014

Un des créneaux de l’industrie qui semble promis à une croissance importante au cours des prochaines années est celui des données massives, un segment du marché que l’on désigne souvent sous son appellation anglaise, le big data.

Selon une prédiction de la firme IDC, le marché mondial des produits et les services liés aux données massives devrait croître à un taux composé de 27 % pour atteindre une valeur de 37 milliards de dollars d’ici 2017, un taux de croissance qui est six fois celui du secteur des technologies de l’information et des communications.

D’autres analystes de la firme Markets and Markets parlent d’un marché de 14,87 milliards de dollars en 2013, croissant au taux composé de 25,5 % pour atteindre 46,34 milliards en 2018. Avec une telle croissance et une telle importance, nous n’avons pas fini d’en entendre parler. Aussi bien s’entendre pour en parler avec des expressions françaises qui conviennent. À la rubrique big data, le Grand dictionnaire terminologique nous suggère données volumineuses ainsi que données de masse, données massives ou mégadonnées. Ma préférence personnelle va à « données massives », plus pour sa sonorité que pour quelque nuance lexicale.

Le fait de parler des « données » massives semble limiter le périmètre de la réalité que ce marché sous-entend, la donnée étant la plus petite unité d’information qui est impliquée dans la chose, fut-elle en grand nombre, au point de s’assembler en grandes masses volumineuses. Comme le soulignait il y a plusieurs mois mon ex-collègue et chroniqueur Gérard Blanc, on a tendance à regrouper sous l’appellation « données massives » tout ce qui se rapporte à la création de ces masses de données, à leur traitement comme à leur gestion. On procède à cette extension de sens tant en français qu’en anglais d’ailleurs. Personnellement, j’aimerais mieux qu’on parle du créneau de la « gestion des données massives » ou du « traitement des données volumineuses ».

 

Et il vrai que ces données sont massives. Le volume des données créées ne cesse de croître : on parle de 2,8 zettaoctets en 2012 (un zettaoctet = 10²¹ octets ou 1 milliard de téraoctets). C’est gros. Et on prévoit 40 zettaoctets par an d’ici 2020. À titre d’information, le centre de données de la NSA pourrait stocker 1 yottaoctet, soit 1000 zettaoctets.

La nature des données s’est fondamentalement diversifiée au cours de la dernière décennie. Avec la croissance des transactions en ligne, du passage au tout numérique et par la montée fulgurante des réseaux sociaux, le volume des données créées dépasse ce que l’on peut s’imaginer.

Les courriels sont un exemple : il circule environ 182,9 milliards de courriels par jour en 2013, soit 5 800 courriels à la seconde.

On compterait autour de 3,2 milliards de comptes sur les divers réseaux sociaux, lesquels sont détenus par un peu plus d’un milliard de personnes. À titre d’exemple, environ 500 millions de messages sont envoyés sur le réseau social Twitter chaque jour, soit environ 5 700 messages à la seconde. Le réseau Facebook, qui compte 1,19 milliard d’utilisateurs actifs, enregistre 4,5 milliards de « j’aime » par jour.

Toutes ces données constituent, pour le moins, une masse d’information que les analystes veulent pouvoir harnacher pour en tirer une valeur qui peut se transformer en opportunité en matière de stratégie d’affaires, de développement de produits et de services, d’analyse sociopolitique, etc.

Le phénomène des données massives est- il nouveau ? Pas vraiment. Le traitement, la gestion et l’analyse des données, quelles soient massives et non-structurées plutôt que structurées et à une échelle plus raisonnable demeurent du traitement, de la gestion et de l’analyse de données. S’il existe des outils et des méthodes spécialisées, on continue d’appliquer des principes que l’on connaît depuis la création des entrepôts de données (data warehouse) et des outils de forage de données (data mining). Il n’est donc pas étonnant que ce domaine intéresse de prime abord ceux dont c’est le métier de traiter et d’analyser les données, soit les spécialistes de l’informatique décisionnelle, une expression que je préfère à celle d’intelligence d’affaires (business intelligence).

Pour l’informaticien, le défi demeure de donner une signification aux données et d’en tirer de la valeur, peu importe la masse des données.

 

Note de la rédaction

Lorsqu’il est question de technologies de l’information, nombre d’expressions sont d’abord créées en anglais et l’emploi de mots français pour décrire de nouvelles tendances, de nouveaux appareils ou de nouvelles réalités est souvent à la remorque de la langue d’origine. Dans une vie précédente, comme journaliste en TI pendant 20 ans, j’ai souvent été confronté au défi de trouver des expressions françaises pour des technologies inventées en anglais. cette chronique est ma contribution à la discussion visant à favoriser l’usage d’expressions françaises en TI.


L’ère de la créativité

9 janvier 2014

Ce qui fait la compétence unique de l’informaticien est sa capacité à transformer un besoin d’affaire en solution efficace en s’appuyant sur les technologies de l’information. J’appelle cela de la créativité.

À cette période de l’année où les experts en prévisions vous concoctent leur dernière collection de grandes tendances pour la prochaine année, vous n’aurez de cesse de lire des prédictions qui décrivent ce que vous devrez faire en matière de mobilité, de nuage, de géolocalisation et de gestion des connaissances. De mise à jour de systèmes et de gestion de parc informatique.

On vous parlera d’imprimantes 3D et d’objets connectés, de sécurité et de cryptage, de données massives ou de nuages personnels. Et encore jusqu’à plus soif.

Voilà près de 20 ans que je consulte ces prévisions année après année et je m’interroge souvent sur leur pertinence. En général, on nous prévoit un peu ou beaucoup plus de ce que nous connaissons déjà et on met l’emphase sur un ou deux trucs dont on a commencé à entendre parler au cours de l’année et qu’on choisit comme représentant LES tendances à surveiller. Généralement, rien de bien surprenant (comme le mentionnait l’amie Sandrine PrompTep sur Google+).

Prenons par exemple, la géolocalisation. On en parle à profusion depuis que tous les téléphones que nous trimballons avec nous comportent un système GPS pour nous permettre de connaître notre position à tout instant. Les applications qui vont un peu plus loin que le simple positionnement foisonnent en ce moment (j’en ai vu une récemment qui cartographie les informations sur les maladies courantes en analysant les réseaux sociaux). Mais vous avez à peine eu le temps de les apprivoiser et de regarder comment cela peut contribuer au développement de vos affaires que déjà on parle de microlocalisation (traduction libre et personnelle de indoor positioning system) comme la technologie iBeacon qu’a commencé à utiliser Apple dans ses boutiques.

Si on aborde l’informatique en étant à la remorque de l’émergence des technologies, on risque de toujours être en mode rattrapage. D’autant plus que ce n’est pas nécessairement l’intégration rapide d’une technologie en émergence qui garantit le succès, mais peut-être plus l’intégration originale, créative et bien exécutée d’une technologie déjà stable.

Et c’est là que tout le talent des informaticiens est appelé à briller. En décodant les « besoins d’affaires », pris au sens large, pour les traduire en applications, en services, en API. En les supportant par une plateforme mobile, infonuagique ou plus traditionnelle à la rigueur (oserait-on encore dire : client-serveur ?).

L’informaticien d’aujourd’hui doit aller plus loin que les technologies, il doit anticiper les besoins d’affaires, participer à la planification stratégique, faire partie de ceux qui créent l’avenir au lieu de se contenter de la coder dans le système. L’informaticien doit devenir un créateur et un collaborateur, qui sont des compétences clés du 21e siècle. (Je ne suis pas le seul à le dire – voir ici comme le signalait l’ami Geoffroi Garon sur Facebook).

Ce qui rejoint le message de Michel Loranger, premier vice-président TI au Groupe financier SSQ lors de son allocution à la Tribune des CIO récemment. Pour lui, les gens de TI doivent s’approprier le contenu de la planification stratégique d’une organisation, traduire les stratégies et orientations d’affaires en besoins pouvant être comblés par les technologies de l’information.

Une telle approche nécessite bien entendu une bonne dose de collaboration et de créativité dans les solutions. Collaborer et créer pour anticiper les stratégies de l’organisation; voilà la tendance dont j’aimerais que nous parlions en 2014, dans l’univers des technologies de l’information.

Mes meilleurs vœux pour l’année qui s’amorce!