La fin du courriel
2 janvier 2012Après 40 ans de loyaux services, le courriel est-il en voie d’extinction?
Au moment d’écrire ces lignes, je viens de terminer la lecture d’un article qui traite de la décision de la société française Atos Origin d’éliminer l’usage du courriel d’ici 3 ans. Assez surprenant comme affirmation, surtout si je considère le volume de courriels qui aboutit quotidiennement dans ma boîte de réception. Et qui ne semble pas vouloir diminuer, bien au contraire.
Ce que vise Atos, une société de services en ingénierie informatique (SSII comme on dit en France), est d’amener les conversations par courriel vers une autre plate-forme, comme la messagerie instantanée et les réseaux sociaux. Une plate-forme qui serait mieux adaptée au travail collaboratif, à la captation de la connaissance de ses 50 000 employés répartis dans le monde.
En effet, et vous l’avez sûrement remarqué vous-même, vos archives de courriel contiennent des éléments d’information qui sont essentiels, voire critiques, pour la gestion de votre organisation ou de votre service. Or ces informations sédimentent dans les dossiers de votre système de courriel, uniquement accessibles à vous-mêmes. Et peut-être même difficilement accessibles, selon l’acuité de votre sens de l’organisation.
Le logiciel de courrier électronique est l’outil qui organise nos vies et notre travail. J’ai souvent entendu des gens dire que leur vie est dans Outlook ou Notes (ou insérez ici le nom de votre logiciel favori). En fait, on estime qu’il s’échange environ 2,8 millions de courriels à chaque seconde pour un total de 294 milliards de courriels par jour ou 90 trillions par année (et ces données datent de 2010).
Vous cherchez la dernière version des prévisions budgétaires? Elle est quelque part dans vos courriels parce que votre collègue vous l’a envoyée la semaine dernière. La trouver, maintenant, est le défi : les logiciels de courrier électronique (du moins ceux qui résident sur nos postes de travail) n’ont pas toujours le génie de la recherche. Si bien qu’on installe des logiciels pour indexer et faire des recherches plus efficaces dans notre pile de messages et leurs pièces jointes. En fait, un sondage a déjà estimé que dans les grandes organisations, on perd en moyenne 38 minutes à chercher un document.
Communiquer autrement
Parallèlement à cela, les observateurs de tendances remarquent une baisse de l’utilisation du courriel au profit des plates-formes de communications sociales ou autres. On échange avec ses amis sur Facebook, on communique avec des connaissances sur Twitter ou sur LinkedIn, on clavarde par messagerie instantanée avec des collègues de travail. Selon un sondage de la firme d’analyse britannique Ovum, près de la moitié (45 %) des consommateurs au Royaume-Uni affirment que l’utilisation des médias sociaux a réduit leur usage du courriel, 40 % disent qu’ils utilisent moins des lignes téléphoniques fixes, 34 % font moins d’appels sur leur mobile et que le nombre des messages texte qu’ils envoient a chuté de 29 %. (Les fournisseurs de services de télécoms vont commencer à s’inquiéter…)
Il en est de même pour la communication au sein des organisations. Tout comme pour Atos Origin, les organisations s’initient aux avantages des environnements de collaboration ou des portails qui comprennent des forums ou des outils de messagerie intégrés (de type fil d’activité à la Twitter ou Facebook), ou directement avec des produits comme Yammer ou Chatter (de Salesforce). La communication est ainsi plus ciblée et le contenu demeure dans l’environnement de collaboration, rendant ainsi l’information accessible à tous.
Trop d’outils ?
On assiste ainsi à une spécialisation des outils. Alors que le courriel était une plate-forme tout usage pour communiquer avec tous, on utilise l’environnement de collaboration pour les communications sur les projets, la messagerie instantanée pour les infos rapides, Facebook pour les amis, Twitter pour faire des appels à tous ou diffuser de l’info, et quoi encore ? Le chroniqueur Robert Scoble abordait ce sujet récemment, avec une perspective personnelle, dans un billet via Google+ soulignant le fait qu’il parlerait du resto où il soupait sur Foursquare et Facebook, qu’il pourrait publier une photo de son plat sur Instagram, sans oublier Oink, Foodspotting, Path et quoi encore. (Il concluait qu’il y avait désormais trop d’outils pour faire le vantard sur les réseaux.)
À trop vouloir utiliser des outils hyperspécialisés pour communiquer, on risque de s’éparpiller et de ne plus pouvoir suivre. Il faut trouver un équilibre entre l’utilisation à toutes les sauces du courriel et son élimination au profit d’une collection d’outils pointus.
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