Intimidation : où sont les professionnels en TI ?
2 janvier 2012Le décès tragique de la jeune Marjorie Raymond en Gaspésie laisse peu de personnes indifférentes. Les médias ont cherché à raconter ce qui a bien pu arriver de si grave pour que l’adolescente en vienne à poser ce geste ; sans doute une accumulation de grands et petits événements. Je ne peux m’empêcher de penser que les réseaux sociaux ont joué un rôle dans ce drame, et je me sens une certaine responsabilité en tant que professionnelle des TI.
D’une part, il est évident que ce sont souvent des professionnels en TI qui créent les outils des réseaux sociaux. Comme pour n’importe lequel outil, il y a du bon et du mauvais dans les usages qui en découlent, et comme pour tout outil, nous ne sommes pas responsables de ce que les utilisateurs en font.
Mais comme pour n’importe quel système informatique que nous déployons, nous avons la responsabilité de nous assurer que nos utilisateurs sont formés aux usages appropriés, aux bonnes façons de faire. Et c’est là où il me semble que comme professionnels, nous pouvons faire mieux. La vaste majorité des utilisateurs de Facebook, YouTube et Twitter n’ont jamais été formés à utiliser ces réseaux. Nous traitons ces réseaux souvent comme un journal de bord personnel parce que les gens qui les utilisent veulent s’exprimer. L’expression, au départ, est à sens unique, nous vers eux. Mais les réseaux sociaux n’ont rien de personnel. Non seulement sont-ils publics, mais d’autres personnes peuvent en rajouter pour venir appuyer, contredire, ou carrément transformer notre pensée. À partir du moment où notre pensée a été téléchargée, elle ne nous appartient plus.
L’écran d’un ordinateur, cet amas de vitre, de plastique et de puces électroniques, aussi froid qu’un glaçon, donne vie, prête émotion, aux mots et aux images. Non, plus rien n’est personnel sur la toile. Ça ne change rien que Marjorie ait accepté dans son cercle privé chaque personne de son compte Facebook ; elle n’a pas autorisé personne à lui faire du mal, mais certaines personnes l’ont quand même fait.
Alors qui va se charger de former les utilisateurs, jeunes et moins jeunes, envers une utilisation appropriée de l’Internet? Qui va dénoncer publiquement les mauvais usages? Loin de moi l’idée d’avoir une police de l’Internet, et puis on sait bien que les policiers n’en finissent jamais de combattre les crimes haineux comme les autres. Mais je me dis que comme citoyens, parents, amis, professeurs, collègues ou voisins, nous devons parler des réseaux sociaux, de comment ils transforment nos vies, de comment nous les utilisons.
J’ai l’impression que Marjorie était dans un cercle vicieux dont elle ne pouvait sortir qu’en quittant la vie. J’aurais souhaité que quelqu’un prenne conscience qu’elle devenait de plus en plus vulnérable. Peut-être que si nous parlons tous de la réalité, belle et moins belle, des réseaux sociaux dans nos rencontres de famille, entre amis, au bureau, peut-être que l’un de nous pourra réagir et aider une personne comme Marjorie. Parce qu’il y en aura d’autres, c’est certain.
Alors comme professionnelle des TI, je pense que j’ai un rôle à jouer dans la conscientisation des gens autour de moi. Nous sommes tous complices du départ de Marjorie par omission, par tolérance, par indifférence. Je choisis de dénoncer ces situations autour de moi… et vous ?
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