Suzanne Rivard    
Suzanne Rivard :
 
«Pour être concurrentielle, l'entreprise doit se préoccuper du rôle stratégique des TI»
 
Par Alain McKenna, Les Affaires
Suzanne Rivard
Professeure titulaire, 
Service de l'enseignement
des technologies de l'information,
 
Détentrice du premier doctorat canadien en gestion des systèmes d'information, Suzanne Rivard compte parmi les experts internationaux les plus compétents du domaine. Elle s'est démarquée par la méthodologie de ses recherches et par ses résultats avant-gardistes. C'est pourquoi Mme Rivard a été nommée Personnalité de décembre 2009 en TI du Réseau ACTION TI du Québec.

Les Affaires - Vos travaux ont souvent porté sur la gestion du risque lors du développement des TI. A-t-elle évolué au fil des années ?

Suzanne Rivard - Les sources de risque sont assez génériques. Il est important de bien les évaluer. Dans un contexte de projet de développement et d'implantation, les sources de risque principales sont la nouveauté de la technologie, sa complexité, la taille du projet et la complexité des processus que la technologie doit appuyer, notamment. En ce qui a trait aux risques d'impartition, les sources sont également génériques : l'activité à impartir, le fournisseur et le client. Ainsi, quelle que soit l'époque, ces éléments varient.

L.A. - La résistance des utilisateurs à adopter rapidement les nouvelles technologies est une des causes d'échec d'implantation. Que peut-on faire pour favoriser une adoption rapide ?

S.R. - Certains projets sont des échecs à cause de la résistance. Toutefois, les utilisateurs ne résistent pas à la technologie en soi. Nos études sur le sujet montrent que les employés résistent s'ils se sentent menacés. Nous avons observé que lorsqu'une nouvelle technologie est mise en place, les utilisateurs évaluent les effets qu'ils anticipent de celle-ci par rapport à leur situation actuelle.

Nos études montrent également que les responsables de projets doivent écouter les utilisateurs. Une recherche en cours suggère que les responsables des implantations ont souvent tendance à ignorer les comportements de résistance lorsque ceux-ci sont bénins. Une telle attitude est risquée, puisqu'elle donne souvent lieu à une augmentation de la résistance. Souvent, cette dernière se retournera contre les responsables du projet, et non contre la nouvelle technologie.

L.A. - On entend parler d'alignement stratégique des TI en entreprise. Considérez-vous que les entreprises québécoises ont compris l'importance de cette approche, ou considèrent-elles plutôt les TI comme un simple outil de travail ?

S.R. - L'entreprise qui considère les TI comme du mobilier de bureau aura de la difficulté à se démarquer dans notre environnement hyperconcurrentiel. Bien entendu, certaines TI, comme le poste de travail ou le logiciel de courrier électronique, ont le même rôle que le mobilier de bureau.

Mais à la différence de ce dernier, ils doivent toujours être en parfait état de marche, au risque de mettre en péril l'entreprise. Si l'entreprise ne se préoccupe pas du rôle stratégique que peuvent jouer les TI, elle aura de la difficulté à rester concurrentielle.

L.A. - Que pouvez-vous dire du niveau d'adoption des TI par les entreprises d'ici par rapport à celles du reste du monde ?

S.R. - Selon le Global Information Technology Report, publié par le World Economic Forum en mars 2009, le Canada arrive au 10erang au monde en matière d'adoption des TI. Le type d'utilisation qu'on en fait est encore plus important que le taux d'adoption. L'alignement avec la stratégie organisationnelle demeure l'élément essentiel par lequel les organisations rentabiliseront leur investissement. 
 
Le choix de la Personnalité du mois en TI au Québec est le fruit d'une collaboration entre le Réseau ACTION TI, le Journal Les Affaires et plusieurs organismes du secteur des TI.